Au petit matin, alors que la nuit est encore noire, les minarets d’Abu Dhabi se répondent
en écho « Allahou akbar, Allahou akbar… ». Ils proclament le Grandeur d’Allah et Son Unicité, la mission du dernier prophète (sws) et invitent les croyants à préférer, pour leur salut
éternel, la prière au somme
il. En leur cœur ils chuchotent « souviens-toi de Bilal (ra), le premier muezzin de l’islam, ce compagnon du prophète (sws), qui, sous les plus atroces tortures, allongé
sur le sable brûlant, le corps écrasé par de lourdes pierres, continuait à scander l’Unicité d’Allah « ahad, ahad, ahad… » « Unique, Unique, Unique... ». Fidèle au
messager d’Allah, du toit de la mosquée de Médine, il appelait inlassablement à la prière. Les minarets s’en souviennent, après la mort du prophète, sa voix est restée muette. La douleur, le
chagrin et la nostalgie du Bien-aimé d’Allah (sws) rendit la fonction de muezzin insupportable à Bilal et il refusa désormais d’appeler aux cinq prières quotidiennes. Lorsqu’une fois, exilé
à Damas et sous l’insistance du Calife Omar (ra), il monta à nouveau sur le toit d’une mosquée à l’heure de la salat, il éclata en sanglot en prononçant le nom du plus cher à son âme
« Muhammadou rassoul Allah », entraînant dans ses larmes toute l’assemblée présente.
Les minarets discrètement observent : ils sont venus nombreux ce matin, les uns pauvrement vêtus de leur bleu de travail, les
autres en dishdasha éclatante de blancheur. Ils ont déposé leurs chaussures à la l’entrée de la mosquée et humblement s’assoient, puisent dans la lecture du Coran leur provision de cœur
pour le jour et s’apprêtent à la prière. Secrètement, les minarets écoutent les invocations « Seigneur, parfais-nous notre lumière et pardonne-nous car Tu
es Omnipotent ». Ils recueillent les paroles du Très Haut récitées par l’imam :
"Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très
Miséricordieux
Louange à Allah, le Seigneur de l’univers
Le Tout Miséricordieux, le Très
Miséricordieux
Maître du Jour de la Rétribution
C’est Toi Seul que nous adorons et c’est Toi Seul dont nous implorons le
secours
Guide-nous dans le droit
chemin
Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas le chemin de ceux qui
ont encouru Ta colère, ni des égarés."
Les minarets s’élèvent et s’inspirent. Les minarets se taisent et protègent de leur ombre le croyant recueilli.